La transition épidémiologique et son évolution prévisible

Dans un monde qui évolue, au fil du temps, il est normal de constater des modifications du profil des pathologies observées. La notion de transition épidémiologique a été introduite par Abdel Omran en 1971. Selon lui, le processus de modernisation se déroule dans toutes les sociétés en trois « âges » sanitaires (La transition épidémiologique selon Omran).

Cette vision comporte des nombreuses imperfections et a été l’objet de multiples tentatives d’amendements. Retenons donc une définition plus consensuelle : “ La transition épidémiologique est le passage, sous l’influence du développement socio-économique, d’une structure de mortalité à dominante infectieuse à une structure de mortalité à dominante chronique et dégénérative”, qui reste assez explicite. Elle traduits des décennies de mise en œuvre de stratégies de santé publique, depuis l’ère pasteurienne à la fin du 19ème siècle, jusqu’à la fin du 20ème siècle (ère par excellence des antibiotiques et de la vaccination), de nombreux progrès ont été réalisés dans la lutte contre les maladies infectieuses, pour l’essentiel dans les pays développés, ce qui se traduit clairement sur le tableau des causes de mortalité (cf. figure ci-contre [1]).

Cette association simple entre niveau de développement et dominante des pathologies est néanmoins remise en cause par une évolution majeure. Dans les décennies récentes des dizaines de nouvelles pathologies ont été mises en évidence :
- Des maladies préexistantes qui n’avaient pas été caractérisées, Rotavirus, Legionella, Cryptosporidia, virus C,D,E de l’hépatite ;
- Des maladies qui résultent du passage de l’animal à l’homme, virus Ebola, Marburg, Lassa, H5N1, H1N1 ;
- Des maladies authentiquement nouvelles, SIDA, ESB [2], choléra 139, méningite W135...

Toutes ces pathologies sont infectieuses et leur émergence ou réémergence est due à des facteurs biologiques (mutations, variabilité génétique), remettant en cause la transition épidémiologique. Les maladies infectieuses reviennent dans les pays développés, alors que pour les pays en développement c’est la double peine : croissance des pathologies non infectieuses et difficultés dans la lutte contre les maladies infectieuses [3].

Les causes de ces émergences sont multiples [4] et nécessitent de nouvelles actions :
- Modification des écosystèmes ;
- Résistances aux anti-infectieux ;
- Rapprochement du réservoir animal de l’homme ;
- Essor du tourisme vers les pays tropicaux et flux migratoires.

Notes

[1] Les statistiques portent sur une sélection de régions ; Europe B correspond à certains pays de l’Europe de l’Est, définis par l’OMS

[2] Encéphalite spongiforme bovine

[3] Nous aurons l’occasion ailleurs d’exposer la notion de transition en santé environnementale

[4] Liste non exhaustive

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