Qualité de l’eau : obligations de moyens et de résultats

La maîtrise de la qualité des eaux destinées à la consommation humaine repose à la fois sur des obligations de moyens (protection des ressources, traitement de l’eau,…) et des obligations de résultats : l’eau distribuée doit respecter des exigences de qualité fixées à l’échelon européen (environ 50 paramètres physiques, chimiques et microbiologiques définissent la conformité d’une eau de boisson). Ce dispositif, complété et encadré par une réglementation conçue il y a plus d’un siècle et régulièrement adaptée aux enjeux sanitaires et techniques évolutifs, permet de disposer en France d’une eau de distribution globalement d’excellente qualité, certainement aussi bien contrôlée et maîtrisée que la plupart des aliments que nous consommons alors que les contraintes sont fortes (distribution en continu, pas de rappel possible ..).

Le contexte favorable dans les pays développés ne doit pas nous faire oublier que l’eau reste une denrée fragile et de plus en plus rare, objet de multiples enjeux (agriculture, industrie, …) dans nos sociétés fortes consommatrices de ressources. De ce fait, outre l’objectif premier de ne pas porter atteinte à la santé, nous devons désormais inscrire cette denrée et sa gestion dans une perspective globale à la hauteur des enjeux actuels (le fameux « développement durable ») : redonner confiance au consommateur dans l’eau du robinet dont l’impact écologique est limité ; restaurer et maintenir la qualité des ressources en eau en ayant collectivement un comportement plus responsable vis-à-vis des rejets polluants et du gaspillage ; rester vigilant sur la qualité du service-rendu qui a largement contribué depuis un siècle à l’amélioration de la santé de la population.

L’épidémie de Walkerton (Canada) survenue en mai 2000 a rappelé quel pouvait être le tribut à payer si ces règles de prévention n’étaient pas respectées. Ainsi, la contamination d’un puits par Escherichia coli 0157 et Campylobacter jejeuni est à l’origine de 7 décès et 2 300 malades parmi lesquels des enfants ayant subi de lourdes séquelles. L’enquête a montré que l’épandage de fumier autour du captage non protégé était à l’origine de la contamination de l’eau. Les défaillances dans l’identification de la vulnérabilité de l’ouvrage aux ruissellement, dans la chloration en continu, et dans le de suivi de la turbidité ont été identifiées comme les principales causes de cette épidémie.

Bien que les mesures précitées permettent déjà d’atteindre un bon niveau de sécurité sanitaire, de nouveaux concepts de prévention tendent à se développer sous l’impulsion d’instances internationales. Ainsi, l’OMS met en avant, dans la dernière édition de ses directives pour l’eau de boisson, la gestion préventive des risques sanitaires afin de tenir compte des spécificités de la distribution de l’eau d’alimentation et des limites intrinsèques d’un simple contrôle final de la qualité de l’eau (délai d’obtention des résultats et d’intervention). Cette gestion préventive des risques fait largement appel aux principes de management de la qualité tels que définis par la série des normes ISO 9000 et aux méthodes d’analyse des risques utilisées dans le domaine agro-alimentaire telles que l’HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point). Ces concepts seront probablement intégrés dans les futures réglementations européenne et nationale au cours des prochaines années. Ils complèteront le dispositif de prévention actuel, notamment en améliorant l’analyse des systèmes et la mise en place systématique de procédures de gestion.

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