La communication sur le risque

Nous avons vu que l’information sur les risques fait partie des obligations des pouvoirs publics. Outre l’aspect du droit fondamental de savoir ce que l’on risque, que garantit maintenant la convention d’Aarhus (voir la partie qui concerne le droit), il s’agit aussi d’un principe de bonne gestion (tout le monde peut être acteur à un moment ou un autre). Ce principe, en apparence simple, se complique dans des situations de fortes incertitudes, souvent associées à des difficultés pour bien évaluer les impacts potentiels. C’est ce même contexte qui conduit à des écarts d’appréciation, que nous avons tenté de traiter sous l’intitulé “perception du risque”.

Nous nous contentons ici de rappeler ces écarts d’appréciation du risque, le plus souvent entre experts et public, dont le résultat est une insatisfaction face aux mesures de gestion, jugées insuffisantes. La liste des points qui figurent ci-après, proposée initialement par B. Fischhoff, montre d’une certaine façon l’évolution qu’il y a eu dans les stratégies de communication sur le risque (on pourrait parler de divulgation progressive des informations).

Les 8 grandes étapes de la communication sur les risques aux USA [1] :
- Il suffit d’avoir les bons chiffres ;
- Il suffit de leur dire les chiffres ;
- Il suffit de leur expliquer ce que nous entendons par ces chiffres ;
- Il suffit de leur montrer qu’ils ont accepté des risques semblables par le passé ;
- Il suffit de leur montrer que c’est une bonne affaire pour eux ;
- Il suffit de les traiter gentiment ;
- Il suffit d’en faire des partenaires ;
- Tout ce qui précède.

Bien évidemment, dans le cadre d’une bonne gouvernance, les points ci-dessus ne sont pas suffisants. Nous voulons surtout insister ici qu’il n’est pas inhabituel, encore aujourd’hui, de rencontrer des experts ou des représentants des pouvoirs publics qui rechignent à communiquer les informations, prétextant leur nature anxiogène (quand on ignore le risque on est plus tranquille) ou encore le caractère irrationnel des réactions du public. Quoi qu’il en soit, comme le montre la figure ci-contre, la communication sur le risque fait intégralement partie du cycle du risque. Son positionnement sur le schéma, en face des préoccupations qui donne naissance au processus, n’est pas choisi au hasard. De plus, il est clairement indiqué que la perception du risque fait partie des paramètres qui déterminent les choix des options.

2 Messages de forum

  • La communication sur le risque 22 février 2010 15:55, par Koffi-Kuma Kokou

    Bonsoir Professeur !

    si le choix des options dépend de la perception des risques, ce choix doit il revenir aux collectivités ou être l’apanage des gouvernants ? Mettons nous dans le contexte Africain ou des ressources sont exploitées dans des zones sans que l’on ne tienne compte des populations riveraines( L’exploitation du phosphate , du pétrole et de l’uranium pour ne citer que ceux la)

    • La communication sur le risque 22 février 2010 20:42, par Yorghos Remvikos

      La question que vous posez concerne deux aspects :
      - Les populations riveraines doivent elles être informées des risques encourus et des actions pour les protéger ? La réponse est oui. Dans les pays européens ceci est inscrit dans une loi à la suite de la convention d’Aarhus. Les autorités bafouent régulièrement ce droit.
      - Maintenant, les populations riveraines doivent-elles être associées à la gouvernance des risques, c’est à dire participer à leur gestion ? La réponse est encore une fois oui, en application de la déclaration de Rio. Mais pour y arriver, il faut un énorme effort d’information, de formation et de "transfert de pouvoir", l’empowerment des anglo-saxons. Nous en sommes à des années lumières. Peut-être contribuerez-vous pendant votre vie professionnelle à corriger cet état de fait.

Notes

[1] D’après B. Fischhoff 1998

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