La migration du risque

L’impossibilité d’anticiper l’ensemble des effets d’un déterminant environnemental peut conduire à des risques imprévus. Les crises sanitaires récentes (amiante, vache folle) en sont des illustrations. Ces risques imprévus correspondent à différentes situations qu’il convient de distinguer :
- Le principe de la substitution suppose que l’on est capable de remplacer une substance potentiellement dangereuse par une autre inoffensive. Mais, en pratique, l’application semble plus compliquée. Ainsi, l’évaluation des risques des fibres céramiques réfractaires (FCR), proposées pour remplacer l’amiante, a démontré que celles-ci étaient potentiellement cancérigènes, comme l’amiante.
- Un risque peut être qualifié d’émergent, dans le cas où un polluant non anticipé est identifié comme pouvant donner lieu à des expositions potentiellement dommageables. Ainsi, l’augmentation de la consommation de médicaments est associée à leur accumulation dans l’eau, avec des impacts sur les milieux difficiles à prévoir. De même, la diffusion massive des antibiotiques est à l’origine de l’émergence de souches bactériennes multi-résistantes (y compris dans le milieu hospitalier => maladies nosocomiales).
- La migration du risque correspond à un phénomène différent qui nécessite la mise en place de système de vigilance spécifiques. Le terme s’applique au cas où la gestion d’un risque conduit à l’apparition d’un risque de nature différente. Par exemple, lors de la crise autour du trou dans la couche d’ozone stratosphérique, les CFC (chloro-fluorocarbones) ont été remplacés par les PFC (perfluorocarbones), qui se sont avérés être des gaz à effet de serre. Dans le même ordre d’idée, les composés polybromés, largement utilisés comme retardataires de flamme (donc contre le risque incendie), se sont révélés être bioaccumulables et de puissants perturbateurs endocriniens.

Un autre exemple qui montre la difficulté d’anticipation et la nécessité de la vigilance a été révélé par les effets des lampes à basse consommation. L’analyse spectrale de la lumière produite a montré des disparités et des déséquilibres marquées par rapport à celui des lampes à incandescence (lumière blanche). La réception de cette lumière provoquerait des secrétions anormales d’hormones par le cerveau (mélatonine), avec un impact sur le cycle circadien. A l’inverse, l’équipement de salles de classe avec des lampes spécialement conçues pour produire un spectre équilibré (lumière blanche) a améliorer l’attention et les performances d’apprentissage.

Le prise en compte de ces risques nécessitent la mise en place de systèmes de veille élargis, avec constitution de comités spécifiques. Un tel comité chargé de la vigilance sur la migration du risque a été créé en 2007 aux Pays-Bas. Il a la charge de faire une veille bibliographique et de traiter toutes les alertes. Sa position est stratégique dans la mesure où la nature différente des risques fait que la réglementation applicable et les acteurs concernés sont différents.

2 Messages de forum

  • La migration du risque 18 février 2010 18:43, par Ouedraogo Issaka

    Bonsoir,

    Les sachets plastiques sont une gangrène pour plusieurs grandes villes africaines dont Ouagadougou.Pouvons nous confirmer un cas de risques emergents ?

    • La migration du risque 19 février 2010 11:39, par Yorghos Remvikos

      Un risque émergent est comme une image floue dont on commence à apercevoir les détails, mais insuffisamment pour la caractériser ou décider de la marche à suivre. Vous dites vous-mêmes que les sacs plastiques sont une plaie (pas nécessairement sanitaire) et en plus il y a des actions dont il est possible de s’inspirer, comme leur interdiction.

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