Le risque complexe

La complexité évoquée ici fait référence à la difficulté de décrire la chaîne de causalité pour un déterminant donné, de sa transmission et de l’évaluation des impacts sur la santé. Cette complexité peut exister à tous les niveaux. Par exemple le cancer étant une maladie multi-factorielle, c’est-à-dire qu’il peut être le résultat de multiples causes, arriver à déterminer les parts respectives de ces différents facteurs s’avère compliqué et nécessite la mise en œuvre de méthodologies spécifiques. De même, l’exposition à un milieu complexe comme l’air que l’on respire peut occasionner différentes pathologies. Parmi les conséquences de cette complexité il nous faut considérer les multiples incertitudes qui peuvent se nicher dans les mesures, les modèles ou les suppositions plus ou moins adéquates qui participent à la construction du problème.

Les incertitudes, leur description, leur caractérisation et leur prise en compte seront traitées dans une section dédiée [1]. La mise en exergue de la complexité se justifie plutôt par rapport à son impact sur la décision ou encore les choix de mesures pour gérer le risque. En effet, la complexité ou la difficulté de connaître peut être préjudiciable du point de vue de la prise de décision. Une bonne illustration peut être apportée par l’évolution récente du traitement du changement climatique. Si nous sommes certains aujourd’hui du phénomène du réchauffement, il reste toujours difficile d’en attribuer tout ou partie à l’activité humaine. Néanmoins, considérant que nous pouvons (en théorie) agir sur les émissions des gaz à effet de serre, dont l’augmentation va dans le sens du réchauffement, des décisions sont prises dans ce sens.

Il ne faut pas mésestimer la contribution de cette complexité à l’inertie de l’action publique, même dans des situations qui peuvent nous sembler mieux caractérisées. Ainsi, il est clairement établi que la mauvaise qualité de l’air extérieur est préjudiciable à la santé. Il existe même des estimations de pathologies évitées (maladies cardiorespiratoires ou cancers) pour un abaissement d’un polluant donné. Pour autant, les multiples sources (trafic automobile, activité industrielle, chauffage), le comportement des polluants (certains polluants se déplacent sur de longues distances), l’influence de facteurs externes tels que les conditions climatiques, rendent la gestion difficile. Pour s’assurer d’une gestion appropriée et efficace il devient nécessaire de mettre en place de multiples actions, de les suivre et de les évaluer à l’aide d’indicateurs, ce qui peut conduire à des adaptations et corrections en cours de route.

Notes

[1] Selon les textes de l’UE ou ceux applicables aux Etats Unis, leur prise en compte est obligatoire

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