Le fardeau global de la maladie : mesurer, comparer et agir

L’évaluation de l’état sanitaire de la population utilise habituellement les descripteurs classiques que sont, d’une part la mortalité, d’autre part l’incidence et la prévalence des maladies (cf. Introduction à l’épidémiologie). Pour faciliter cette description, dans le but de comparer les dommages dus à différentes causes, établir des priorités d’action dans le domaine de la santé, pouvoir faire des projections, des comparaisons entre pays, voire des continents, la Banque Mondiale a soutenu le projet dit “Fardeau Global des Maladies (FGM)”, mené conjointement par des chercheurs de l’Université de Harvard et l’OMS au début des années 90. Le principe consiste à regrouper la notion de mort prématurée avec les conséquences non-fatales des maladies et traumatismes en un seul indicateur [1]. La somme des deux composantes s’exprime en années perdus ajustées sur l’incapacité (AVAI [2] ou DALY en anglais). La méthode est utilisée depuis par l’OMS pour ses rapports annuels sur la santé mondiale. Dans les versions ultérieures du FGM, la charge de la maladie a été calculée par facteur de risque, avec un calcul de la part attribuable à un facteur donné pour une issue sanitaire donnée (mortalité globale ou AVAI), globalement ou à l’intérieur d’un groupe (par âge par exemple) ou une région géographique.

Les hypothèses et méthodes de calcul exploitées pour élaborer cet indicateur composite de la qualité ou de la pertinence des données de base de l’OMS sur lesquelles elles s’appuient, sont encore sujettes à discussions. Les résultats obtenus doivent donc être considérés pour ce qu’ils sont : un moyen plutôt grossier de comparer la situation sanitaire de différents pays et régions du monde, son évolution et ses principales caractéristiques. L’approche fardeau global de la maladie a par exemple été appliquée en vue d’estimer les conséquences sanitaires des atteintes à l’environnement, parfois à l’exclusion des composantes liées à la santé au travail ou de celles liées aux modes de vie et aux comportements individuels. Ces estimations sont élaborées en deux étapes :
- un cumul des AVAI par grand groupe des pathologies (et des causes de décès) rapporté en % à l’ensemble du fardeau global de la maladie
- des fouchettes d’estimation grossière (en %) de la part environnementale de chacune des maladies sont proposées selon les régions (revue de la littérature scientifique et données disponibles)

La mise en œuvre de cette méthodologie pour calculer les parts attribuables aux déterminants environnementaux conduit à des fourchettes différentes en fonction de la prise en compte ou non de certains facteurs. Selon l’OCDE, qui s’appuie sur les travaux de de Melse et de Hollander, la composante environnementale du fardeau global de la maladie se situerait dans une fourchette de 2 à 5 % pour les pays à haut revenu de l’OCDE, ou de 8 à 13 % pour les pays hors OCDE. Pour l’OMS, qui se réfère aux travaux de Smith, 25 à 33 % du fardeau global de la maladie au niveau mondial résulterait de facteurs environnementaux [3].

2 Messages de forum

  • Le fardeau global de la maladie : mesurer, comparer et agir 23 février 2010 09:58, par Assih Bawoumodom Tagba

    Bonjour professeur je ne perçois pas encore très bien les paramètres qui rentre en jeux dans le calcul de l’AVAI et le rapport de ce indicateur avec FGM. quelle comparaison peut on faire de l’AVAI et les indicateurs classique comme taux de mortalité, de morbidité, taux d’incidence, de prévalence etc.

    merci

    • Le fardeau global de la maladie : mesurer, comparer et agir 23 février 2010 17:39, par Yorghos Remvikos

      Il est difficile de refaire le cours. L’AVAI ou DALY est la mesure qui permet de comparer le FGM pour la morbidité, c’est à dire pour les pathologies non mortelles. Sinon, comment comparer les pathologies respiratoires, la diarrhée et les cancers de la peau (dont on guérit) ? Une fois le cours fini, si vous avez encore des interrogations, n’hésitez pas.

Notes

[1] Ces travaux furent appliqués pour la première fois dans le rapport pour le Développement Mondial : Investir en santé, de 1993

[2] L’OMS a tendance à utiliser la traduction AVCI pour années corrigées plutôt qu’ajustées

[3] L’OMS inclut les accidents et traumatismes dans les calculs

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