Débats et controverses : l’émergence des mouvements de fonds

Comme pour l’élaboration des premières règles de l’évaluation des risques sanitaires, nous pouvons retracer les origines de la reconnaissance de l’impact des déterminants environnementaux sur la santé aux Etats-Unis et plus particulièrement à la période des années 50 et 60. Un premier exemple emblématique correspond au débat qui a animé la communauté scientifique sur les possibles impacts sanitaires des retombées des essais nucléaires atmosphériques. La bataille menée par Linus Pauling, pourtant un chimiste au départ [1], contre les tenants des thèses officielles, c’est concentrée sur la question de l’existence ou non d’un effet de seuil pour l’action cancérigène des radiations ionisantes. Plusieurs de ses publications, dont certaines ont été reprises par la presse quotidienne, sont restées comme des exemples du genre. Il a su allier l’esprit scientifique pour démonter des arguments pas toujours solidement construits de ses adversaires au millitantisme (tribunes, pétitions et procès intenté à l’AEC [2]). Toute cette action lui a valu une grande reconnaissance, sous forme d’un second prix nobel, celui de la paix en 1962.

Même si les débats dans la communauté scientifique furent très animés et que la presse en a rendu compte, le grand public avait probablement oublié, au début des années 60, l’importance de la controverse scientifique sur les effets des faibles doses des rayonnements. C’est un événement d’une toute autre nature qui a amené une onde de choc. Il s’agit de la publication par Rachel Carson du livre “le printemps silencieux”. Best seller presqu’avant sa sortie, l’auteur a réussi dans cet ouvrage a trouver les mots justes pour décrire sa vision des impacts des omniprésentes substances chimiques, en particulier l’utilisation excessive de pesticides, sur notre environnement. Le premier chapitre, intitulé “Une fable pour demain” dépeint une ville idéale, où toute forme de vie est en harmonie avec son environnement, qui est soudainement frappée par une étrange maladie. Bien que scientifique elle-même, Rachel Carson a réussi à créer un récit captivant qui a marqué les consciences des centaines de milliers de lecteurs, d’une façon qu’aucun rapport scientifique ne l’aurait pu.

Notes

[1] Prix nobel de chimie en 1954

[2] Atomic Energy Commission

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