L’influence du facteur temps sur la relation facteur de risque - maladie

La charge attribuable à un facteur de risque peut être définie comme la réduction attendue des impacts sanitaires actuels ou futurs si l’exposition est considérée (elle est mesurée dans ce cas) à un niveau donné, pour lequel nous disposons des fonctions exposition - effets (relation contrefactuelle ). La charge évitable représente quant à elle la réduction attendue de la charge en maladie, à condition que l’exposition future à un facteur de risque soit fixée à un niveau correspondant encore à une distribution couverte par la relation contrefactuelle. Si la part attribuable est théoriquement plus facile à mesurer, la part évitable est celle qui permet d’éclairer les choix politiques.

Plus la manifestation des effets intervient dans un lapse de temps court par rapport à l’exposition, plus la part évitable se rapproche de la part attribuable. Ainsi, il est plus facile d’estimer le bénéfice d’une politique en termes d’impacts sanitaires aigüs, sur la base de la part attribuable. Par contre, les relations sont un peu plus complexes si on introduit le facteur temps dans la manifestation des effets sanitaires (effets chroniques). La figure ci-contre offre une représentation graphique de ces relations. Ainsi la part attribuable comporte une composante due à une exposition passée, cumulée, en plus de celle définie par le niveau d’exposition mesuré à un instant donné, converti en impacts sanitaires grace à la relation exposition - effet. Pour l’evaluation de la part évitable, il faut disposer d’un moyen de calculer en plus l’aire sous la courbe, représentée en jaune sur la figure, c’est-à-dire la part attribuable à l’exposition passée. De plus, il faut extrapoler l’évolution de l’exposition en fonction des tendances connues. En clair, la mesure des niveaux d’exposition, qui présente des difficultés méthodologiques expliquées dans le cours d’épidémiologie, reste malgré tout conceptuellement simple. Le calcul de la part attribuable est donc assez direct. Par contre, pour ce qui concerne les parts évitables, il nous faut établir des scénarios. C’est encore ce qui est représenté sur la figure, le simple prolongement de la courbe des expositions passées représentant le scénario de référence, appelé en anglais “business as usual (BAU)”. Les autres scénarios, correspondant à des réductions de l’exposition seraient le résultat de l’application de diverses mesures et permettent de réduire la charge en maladie jusqu’à un minimum théorique. Notons que le niveau 0 ne peut que rarement être visé, car il existe une charge résiduelle pour la maladie donnée (part non-évitable), due à d’autres causes que l’exposition au facteur de risque que la politique cherche à contrôler.

En matière de maladies évitables (évaluation des options politiques), l’influence du facteur temps doit être considérée sur les expositions et sur les impacts sanitaires. Par exemple, une mesure sur la norme de carburant (suppression du plomb) peut avoir un effet rapide, alors que l’efficacité de l’introduction de normes anti-pollution dépendra de la vitesse de renouvellement du parc automobile. Surtout, il faut se rappeler que toute diminution du niveau de pollution atmosphérique (baisse de l’exposition), entraînera des gains quasi-immédiats sur les effets respiratoires aigüs et certaines maladies cardiovasculaires. L’effet sur les cancers du poumon ou les bronco-pneumopathies chroniques obstructives, n’interviendra qu’avec un certain retard. Il est donc souhaitable de présenter les résultats des bénéfices attendus (maladies évitables) de différentes façons : sous forme de clichés instantannés (par unité de temps, par exemple nombre de cas gagnés par an), mais aussi sous forme cumulée, sur des périodes plus ou moins longues, sachant que plus la prévision s’applique à un horizon éloigné, plus les incertitudes sont grandes.

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Maladies évitables en fonction du temps
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