Quelle place accorder à la prévention ?

L’action préventive est unanimement reconnue comme étant la plus efficace. Il nous faut quand même nous entendre sur ce dont il s’agit. Dans les grandes campagnes de prévention actuelles nous pourrions par exemple inclure les campagne de dépistage de certains cancers. Si on examine la cas du cancer du sein, il est évident que le dépistage précoce est un facteur qui améliore la chance de survie. Pour autant, l’incidence des cancers du sein ne cesse d’augmenter, passant d’environ 25000 cas en 1990 à plus de 40000 actuellement. Il existe d’autres exemples où on préconise l’intervention médicamenteuse avant l’apparition des symptomes d’une maladie, une démarche qualifiée encore une fois de préventive. Les deux exemples ont certains point en commun :

- Ils reposent sur une connaissance de l’évolution clinique de la maladie ;
- Il n’y a aucune tentative d’action sur les causes.

Ainsi, nous pourrions dire qu’en préconisant la généralisation d’un dépistage par coloscopie ou tout autre moyen à venir, nous luttons contre le cancer du côlon, alors que nous n’insistons pas assez sur l’influence de notre mode de vie, par exemple en termes d’alimentation, pour introduire des actions sur les facteurs de risque [1]. Quelle que soit la portée de ces exemples, il nous faut reconnaître que la médecine est considérée aujourd’hui essentiellement interventionnelle, le recours aux soins (notamment médicamenteux) étant seul susceptible d’améliorer la santé. De plus, l’action est généralement déclenchée après l’identification des mécanismes de pathogénèse (un processus de scientifisation de la médecine). Il nous faut à ce stade nous remémorer que la révolution hygiéniste de la fin du 19ème siècle, sur la base de raisonnement environnementaux, préconisait l’assainissement, l’amélioration de l’approvisionnement en eau, des logements salubres..., avec des gains sanitaires considérables. Elle est intervenue alors que nous ignorions jusqu’à la nature même des agents infectieux. Les progrès en terme de lutte contre des maladies comme la tuberculose ont été continus et ce même en absence de moyens de traitement qui n’ont été découverts que dans les années 1940, comme le montre la figure ci-contre.

Ce paradigme doit nous faire réfléchir sur le seuil de déclenchement de l’action en fonction de nos connaissances. En effet, le manque de connaissances aujourd’hui a tendance à justifier l’attentisme, en absence de certitudes. Pourtant le principe d’hygiène environnementale, par analogie à la lutte contre les foyers d’infection, est parfaitement transposable à la situation actuelle.

Notes

[1] On parle alors de prévention primaire

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