La justice environnementale sur le plan européen

Au Royaume Uni, les premiers travaux sur les liens entre précarité sociale et expositions environnementales ont été réalisés à l’initiative de l’organisation Les Amis de la Terre [1]. Selon une étude de 1999 portant sur 668 sites industriels recensés sous le régime Contrôle des pollutions industrielles (IPC) [2], 662 d’entre eux étaient situés dans des communes où le revenu moyen des ménages était inférieur à 15000 £/an, les 6 autres sites étant situés dans des communes où le revenu moyen dépassait 30000 £/an. Dans la seconde étude réalisée en 2001, sur 11400 tonnes de substances cancérigènes rejetées dans l’air en 1999 (provenant de 156 usines émettant plus de 1000 tonnes par an), 82 % proviendraient d’usines situées dans 20 % des collectivités locales défavorisées. Des travaux approfondis ont été menés depuis par Walker qui confirment les inégalités sociales dans la distribution de ces expositions sur tous les facteurs : proximité du site (les plus pauvres sont les plus proches du site), nombre de sites (les populations les plus défavorisées sont celles qui cumulent la proximité de plusieurs sites), catégories d’activités industrielles (les populations les plus défavorisées sont les plus exposées quelle que soit l’activité concernée, avec des pics pour les déchets et l’industrie pétrolière), etc. Il est toutefois mentionné que ces travaux n’apportent à ce stade aucun éclairage dans trois domaines :
- celui de l’impact et des conséquences sanitaires d’une telle situation, qui mériterait des investigations beaucoup plus poussées ;
- celui des causes de cette situation : historique du développement industriel, politique d’aménagement défavorable aux populations les plus défavorisées, situation de l’emploi et du marché foncier, stratégie d’implantation des entreprises dans des zones où les risques d’opposition sont faibles ;
- celui des modes de régulation des inégalités : différents motifs peuvent être mis en avant pour réclamer une intervention publique et selon ces motifs les mesures possibles relèvent de registres différents (cf tableau ci-contre).

On comprend dans ces conditions qu’il existe une différence très nette entre le terme d’équité environnementale, que certains préfèrent, dont le sens reste descriptif (répartition inégale) et celui de justice qui est empreint de valeurs (morales). Une certaine inéquité environnementale est inévitable. Nous ne pouvons pas tous partager exactement les mêmes risques. Par contre, l’injustice commence quand certaines catégories ont tendance à cumuler les risques, à cause de toute une série de facteurs, dont certains ont été cités ci-dessus.

L’Ecosse est un pays pionnier dans la lutte pour la justice environnementale, en ayant mis en place des financements importants pour le traitement des terrains « délaissés » [3], qui s’applique aux friches industrielles, aux sols souvent pollués.

Voir en ligne : Enquête du gouvernement Ecossais sur la reconquête de terrains délaissés

Notes

[1] Cette approche ne doit pas être confondu avec le sujet du rapport Black qui traitait du lien entre pauvreté et santé

[2] Equivalent du régime français des Installations classées pour l’environnement

[3] Tentative de traduction de de l’anglais derelict

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