Le concept de justice environnementale

La réflexion sur les inégalités environnementales ou écologiques est naît aux Etats-Unis et au Canada sous la pression des minorités ethniques et se développe progressivement en Europe plutôt sous l’angle de la précarité sociale et des expositions aux risques environnementaux. Elle reste, selon l’OCDE, insuffisamment documentée.

Aux Etats-Unis, le concept de justice environnementale est apparu dans la vie politique en 1982, lorsque des habitants et des militants des droits civiques d’un compté en Caroline du Nord, en majorité noirs et pauvres, se sont mobilisés pour faire obstacle à un projet d’enfouissement de déchets sur leurs terrains. Depuis, plusieurs travaux ont rapporté que les dépôts de matières dangereuses et les sites de déchets contaminés se retrouvent à proximité des groupes minoritaires, particulièrement des communautés noires. Une étude a mis en évidence que les enfants noirs américains courent quatre fois plus de risques que les enfants blancs d’avoir un niveau élevé de plombémie. Des résultats similaires ont été rapportés concernant les critères de qualité de l’air ou l’accessibilité à une eau de bonne qualité microbiologique et chimique pour les minorités et les groupes économiquement défavorisés.

Ayant à faire face à la mise en œuvre classique des démarches scientifiques par les agences productrices d’expertise et de normes, les mouvements regroupés autour du principe de justice environnementale se sont organisés. Ils se sont documentés et ont acquis leur propre expertise sur les expositions et l’état sanitaires des populations les plus affectées. Dans ce contexte, la recherche s’est petit à petit structurée, des partenariats ont vu le jour entre sciences environnementales, sociales et médicales. Le NIEHS a mis en place et financé un programme “extramural” sur la justice environnementale, c’est-à-dire qui n’est pas conduit que par ses propres laboratoires, favorisant les partenariats, y compris avec des organisations communautaires [1].

La prise de conscience des inégalités environnementales a conduit l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) à définir, en 1994, la notion de « justice environnementale » comme « le traitement équitable des gens de toutes races, cultures et revenus dans le développement des règlements, lois et politiques environnementales ». Un décret exécutif a été promulgué en février 1994 obligeant les agences fédérales à intégrer la justice environnementale dans l’application de leurs politiques et de leur programme. En 1997, un bureau de « l’équité environnementale » a été créé par l’EPA afin d’offrir une assistance aux organismes fédéraux dans l’évaluation et la gestion des problèmes locaux liés à l’environnement. A l’automne 2002, 10 ans après la création de ce bureau, l’EPA publie le premier numéro de sa newsletter « Environmental Justice Quarterly », qui paraît toujours à raison d’un ou deux numéros par an.

Voir en ligne : Accéder aux newsletters Environmental Justice Quarterly

Notes

[1] Celles représentant les groupes défavorisés

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