Exposition à la pollution atmosphérique, quelles évolutions ?

En matière d’épidémiologie environnementale, pour étudier les impacts de la qualité de l’air, l’approche écologique a été largement utilisée. Ceci signifie que la concentration atmosphérique d’un polluant, généralement celle du domicile, est utilisé comme proxy (ce qui se rapproche le plus de la réalité) de l’exposition des personnes. Il en résulte une probabilité de mauvaise classification (exposé versus non exposés) à des degrés variables. La classification basé sur les valeurs environnementales a des conséquences sur le design de l’étude et l’interprétation des résultats (problème d’échelle, nivellement des variations locales, etc.).

Dans les années récentes, des progrès ont été fait dans l’évaluation de l’exposition individuelle (campagnes, budget espace-temps [1]). Pour les besoins des études, il faut besoin d’inclure un nombre élevé d’individus (la cohorte de référence, dite de l’ACS [2] comprend quelques 600 000 individus), rendant les mesures par capteur personnel impossible (en particulier pour le coût).

Plusieurs réflexions et pratiques récentes méritent d’être discutées. Elles portent sur la différentiation des milieux de vie (intérieur, extérieur, professionnel...), la possibilité de tenir compte de la localisation des populations et leur mobilité, les échelles de temps pertinentes biologiquement, les expositions en fonction de l’âge, la possibilité d’obtenir les données sur les facteurs modificateurs (dont les facteurs de confusion), le rapprochement avec les effets sanitaires immédiats ou différés. En utilisant les possibilités de cartographie fine de la pollution il est possible de les corréler aux données démographiques en fonction de leur résolution. Le cas est abordé dans le cours sur les SIG.

En passant en revue les deux méthodes classiques de la santé environnementale, il est possible de mieux comprendre le problème et les avantages d’une nouvelle approche :
- En épidémiologie environnementale, « classiquement » l’accent est mis sur les distributions des maladies et leurs déterminants dans des populations. Il n’est pas toujours question de marqueurs de maladies ou de patients (au sens clinique). L’analyse est généralement retrospective.
- Dans les évaluation de risques sanitaires environnementaux, on utilise les informations sur les sources d’émissions de substances toxiques pour estimer la probabilité de développer une maladie de populations qui seraient exposées. L’approche est prospective, de la source à la dose, pour arriver à la probabilité de dommage. L’évaluation des risques ne mesure pas les impacts sanitaires actuels et parfois pas les expositions réelles. Des facteurs de sécurité sont appliqués pour garantir la santé des populations.
- Le nouveau concept proposé aux Etats-Unis, le système de tracking (sens de traque ou de pistage) de santé publique environnementale correspond à une collecte, intégration, interprétation et dissémination, systématique et permanente, de données sur des dangers environnementaux, ainsi que des effets sanitaires potentiellement attribuables à l’exposition à ces dangers. L’accent est mis sur l’intégration des données de surveillance médicale avec les indicateurs environnementaux (proximité aux sources des émissions, indicateurs de qualité de l’air...) et le « traçage » des mesures d’exposition. Ce système a l’avantage de corréler émissions et maladies dans les deux sens, alors que l’épidémiologie se focalise sur la bonne classification des individus (exposés ou non) et l’évaluation des risques sur la garantie de sécurité sanitaire des populations potentiellement exposées.

Notes

[1] Ces méthodes ont été abordées dans le cours sur la surveillance de la qualité de l’air

[2] American Cancer Society

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