Veille et alerte en santé environnementale

La santé environnementale occupe désormais une place majeure dans les préoccupations de la société, comme en atteste la dernière édition de l’enquête annuelle sur la perception des risques et de la sécurité réalisée par l’IRSN. Divers événements récents traduisent la diversité des thèmes évoqués à propos des risques environnementaux ainsi que des préoccupations sociales qu’ils suscitent : la fuite d’effluents uranifères sur le site nucléaire du Tricastin (Vaucluse), la polémique autour de la cancérogénicité supposée de l’eau du robinet, les interrogations sur les risques liés aux antennes mobiles ou aux biberons dont la matière plastique a été faite à partir du bisphénol, le développement des algues toxiques dans nos mers et nos rivières et, plus globalement, les conséquences sanitaires liées au changement climatique. Cette diversité est l’une des caractéristiques des sollicitations en santé environnementale : risques physiques, chimiques ou biologiques, chroniques ou aigus, avérés ou suspectés, visibles ou perçus, dans un contexte local, national ou international, comme pour le sujet du bisphénol. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, pour évaluer ces risques, la Direction générale de la santé (DGS) mobilise pas moins de six agences et instituts : Afsset, Afssa (les deux ayant fusionné pour donner l’ANSES), Afssaps, InVS, IRSN, INCa.

En 2008, 31% des signaux reçus par le Département des urgences sanitaires (DUS) avaient trait à la santé environnementale. Ce département est chargé de réceptionner, au sein de la DGS, l’ensemble des signaux émis par les acteurs du système de sécurité sanitaire et relatifs à des événements susceptibles de représenter une menace pour la population ou de provoquer une crise médiatique, voire politique. Mais ce chiffre ne recouvre pas la totalité des sollicitations venant de la société civile qui parviennent aux autorités sanitaires tant au niveau national que local. L’incertitude et la controverse scientifique sont souvent au cœur du questionnement dans des situations - fréquentes en santé environnementale - de faible niveau d’exposition, liées à des technologies nouvelles et où les enjeux sont de long terme. Les limites des outils actuels permettent rarement d’apporter des réponses simples et définitives sur le risque ou l’absence de risque. Cette particularité peut-être à l’origine d’une défiance de la société civile à l’encontre des pouvoirs publics et de l’expertise officielle, défiance exacerbée lorsque des enjeux économiques sont en jeu.

Même si l’organisation de la réponse aux alertes est, nous l’espérons tous, satisfaisante, des évolutions sont néanmoins souhaitables pour mieux prendre en compte ces nouvelles formes de sollicitation. L’apport des sciences sociales pour décrypter les ressorts de ces demandes et y apporter réponse est essentiel. Une communication adaptée et la participation du public à la prise de décision font partie des moyens qu’il faut promouvoir. L’InVS travaille avec des sociologues sur la communication lors de la gestion de sites et sols pollués et pour la prise en charge des phénomènes épidémiques non infectieux. L’Afsset, l’IRSN et l’Ineris ont signé en octobre 2008 une charte d’ouverture de l’expertise à la société civile. Son objectif est de construire, avec les acteurs de la société, une compréhension partagée des enjeux complexes, des situations à risques et des alternatives permettant d’y faire face.

Au niveau local, la proximité de tous les acteurs entre eux et avec le grand public et la coordination par le Préfet du département sont deux atouts essentiels pour assurer une réponse adaptée aux divers enjeux. Cela légitime le maintien, dans la réorganisation de l’État, du rôle du Préfet en matière de gestion des risques sanitaires environnementaux et des crises mais aussi le renforcement de l’expertise en santé au sein des futures Agences régionales de santé (ARS). La conséquence de cette réorganisation doit être de repenser les rapports entre les instances sanitaires nationales et les ARS. Celles-ci pourront tirer profit des capacités d’investigation des Cire. De plus en plus, l’expertise d’autres agences est sollicitée en vue de la gestion d’alerte en santé environnementale. L’efficience de la réponse à ces alertes passe donc à l’évidence par un décloisonnement de l’expertise, une meilleure valorisation des retours d’expérience et la production d’une « boîte à outils » permettant d’aborder les différentes facettes du problème. C’est une condition pour mieux intégrer la santé environnementale dans le dispositif de sécurité sanitaire, sans pour autant renier ses spécificités. C’est pour cela que je souhaite confier la réflexion sur le thème de l’articulation avec les échelons territoriaux au Comité d’animation du système d’agences, mis en place l’an passé.

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