Surveillance en santé environnementale

Contrairement à d’autres surveillances de santé publique, la surveillance en santé environnementale n’a pas pour but de surveiller l’occurrence de maladies d’un certain type (maladies chroniques, maladies infectieuses) ou survenant dans une catégorie particulière de la population (travailleurs, populations défavorisées). Son domaine est complexe : il est en effet défini par une relation et cette relation concerne deux territoires vastes, protéiformes et admettant des définitions variables : « l’environnement », « la santé ». Dans un certain nombre de cas, cette relation est bien établie (radiations ionisantes et cancer de la thyroïde, rayonnement solaire et cancers de la peau, plomb et effets neurotoxiques...). Il est cependant exceptionnel qu’un facteur environnemental soit, comme dans le modèle infectieux, la seule cause d’une maladie particulière : l’exception toujours citée est le mésothéliome dû à l’exposition aux fibres d’amiante, plus souvent rencontrée en milieu de travail que dans l’environnement général. Il est même rare qu’un facteur environnemental soit une cause largement dominante comme dans le modèle tabac-cancer du poumon. La situation la plus fréquemment rencontrée est celle de maladies chroniques causées par une multiplicité de facteurs de risque peu spécifiques, chacun de ces facteurs contribuant pour une part modeste (et qui le plus souvent n’a pas pu être déterminée de manière certaine) à l’incidence.

Si on ajoute à cela la difficulté à connaître de manière précise les expositions environnementales tout au long de la vie des personnes, on comprend que le domaine de la santé environnementale soit dominé par l’incertitude. C’est ce qui explique que les chiffres avancés sur la part des cancers dus à l’environnement vont de moins de 1 % à plus de 70 %, selon que l’on considère ce qui est connu de manière certaine ou que l’on attribue à l’environnement tout ou partie de la part de l’inconnu (environ 35 % de l’incidence des cancers est expliquée par des causes connues). Dans les cas de relations de cause à effet établies, on pourra le plus souvent choisir de ne surveiller qu’un indicateur qui pourra être soit une maladie, soit un facteur environnemental. S’il s’agit d’une maladie, du fait de l’absence de spécificité de la relation avec l’environnement, la mise en œuvre de la surveillance ne relèvera le plus souvent pas de la santé environnementale proprement dite : ainsi, la surveillance des cancers est nécessaire à la surveillance en santé environnement, mais elle poursuit aussi d’autres objectifs. La principale exception est la surveillance des intoxications aiguës, qui se rapproche du modèle des maladies infectieuses (un agent - un syndrome). S’il s’agit d’un facteur environnemental, la surveillance va se nourrir des mesures effectuées dans l’environnement. Le « métier » de la surveillance en santé environnement va être de traduire ces mesures en niveaux d’exposition interprétables au plan sanitaire avec, si possible, définition de seuils d’alerte et d’intervention. Une autre manière de procéder qui se développe aujourd’hui rapidement est la mesure des polluants ou de leurs métabolites dans le sang, l’urine ou les tissus, que l’on appelle biosurveillance et qui fait l’objet d’un article dans ce numéro.

Début de l’éditorial de Georges Salines...

3 Messages de forum

  • Surveillance en santé environnementale 15 octobre 2010 19:24, par Badji Placide

    "la surveillance des cancers est nécessaire à la surveillance en santé environnement, mais elle poursuit aussi d’autres objectifs". Quels autres objectifs par exemple ?

  • Surveillance en santé environnementale 7 février 2011 09:58, par Masoud Khaldoun

    (le modèle infectieux, la seule cause d’une maladie particulière : l’exception toujours citée est le mésothéliome dû à l’exposition aux fibres d’amiante).. A ma connaissance, le mesotheliome n’est pas un modele infectieux, mais plutot un cancer de mesothelium des poumon... A corriger ?

    • Surveillance en santé environnementale 9 février 2011 20:35, par Yorghos Remvikos

      La citation se réfère à la monocausalité (une exposition -> une maladie) et non à la nature de la cause, c’est-à-dire l’agent infectieux versus une substance chimique. Dans la plupart des cas une maladie a plusieurs causes et un facteur environnemental peut provoquer différentes pathologies.

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