Eléments de bilan de l’expérience aux Etats-Unis

La notion d’agrégat est ancienne puisqu’elle remonte à l’origine des cancers professionnels. Il n’est donc pas surprenant que nous disposions d’une grande expérience répartie, en tout cas pour les Etats-Unis, dans de nombreux états. Le bilan des agences sanitaires est dans l’ensemble maigre, avec peu d’associations concluantes entre exposition et maladies. Dans le Minnesota, sur plus de 500 agrégats signalés, seulement 6 ont donné lieu à une investigation complète et un seulement, dans un contexte professionnel, a permis de documenter une relation avec des cancers. Des expériences similaires ont été rapportées dans le Missouri ou le Wisconsin : un grand nombre de demandes pour quelques investigations approfondies occasionnelles. Le CDC, c’est-à-dire l’instance fédérale, a été saisi dans une centaine de cas pour avis. Des associations entre exposition et maladies se sont une fois de plus révélées rares.

Le consensus officieux qui tend à se dégager parmi les professionnels de santé publique des agences est que la plupart des agrégats ne conduisent pas à des résultats “significatifs [1]”. Souvent les cas ne sont pas clairement définis avec des mélanges de pathologies pris en compte dans le signalement. De même, les expositions pouvant constituer les causes sont loin d’être évidentes et, pour compliquer encore un peu l’investigation, les pathologies sont elles-mêmes multi-factorielles [2]. En clair, il est déjà difficile de démontrer l’excès de cas observés et encore plus de les relier à une ou des expositions données.

Malgré ces nombreuses difficultés, les signalements ne peuvent être ignorés. Il y a une composante sociale à laquelle une agence sanitaire doit répondre, à condition que celle-ci reste raisonnable, c’est-à-dire ne soit pas au détriment des ressources disponibles pour assurer les autres missions des agences. Parfois, l’agence est amenée à prendre l’initiative dans le déclenchement de l’investigation [3], dans la mise en œuvre des études appropriées (épidémiologiques ou évaluations des risques), en anticipants aussi sur les préoccupations en fonction des circonstances.

Les études de cas proposées dans la suite nous donneront l’occasions de revoir certains aspects méthodologiques, tout en fournissant une typologie de leur émergence jusqu’à la restitution des résultats.

Notes

[1] Nous utilisons volontairement les guillemets pour signaler que le terme n’est ici utilisé que dans son acception statistique ; il en va autrement de la perception des populations concernées

[2] Il existe plusieurs facteurs connus pour les provoquer

[3] C’est le cas par exemple lors de la découverte d’un site pollué

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